Les plantes toxiques du Jardin Monastique

Nous avons installé dans le jardin quelques plantes très toxiques, mortelles à faible dose ; tout d’abord dans un but pédagogique, elles sont peu nombreuses et il est donc judicieux de bien les connaître, d’autre part elles contiennent des substances qui, utilisées à très faible dose, en médecine homéopathique par exemple, ont des propriétés médicinales, enfin elles ont leur place dans un jardin du Moyen Age car elles intervenaient souvent dans les incantations et les rites magiques liés à la médecine populaire.
Elles appartiennent à quelques familles botaniques capables de fabriquer des poisons végétaux : les Solanacées (belladone, jusquiame…), les Renonculacées (adonis, aconit…), les Apiacées (ciguë), les Euphorbiacées (ricin), les Liliacées (colchique) alors que d’autres familles, comme les Lamiacées ou les Brassicacées, en sont totalement dépourvues.
Notre liste ne sera pas exhaustive car nous nous appuyons uniquement sur les plantes du jardin.
Enfin nous dirons quelques mots sur les plantes qui, sans être hautement toxiques, peuvent entraîner des désagréments plus ou moins sévères selon la quantité ingérée, l’âge ou la sensibilité de l’individu, selon la partie de la plante ou la maturité du fruit et même selon le climat ou la nature du sol.

Les plantes à alcaloïdes

Les alcaloïdes sont des molécules organiques azotées complexes à caractère basique d’où le nom (alcali, à l’origine alkali, mot d’origine arabe, désigne une base) ; la plante les fabrique à partir des acides aminés, constituants des protéines. Ce sont des molécules très actives, même à très faible dose.

La belladone (Atropa belladona) Solanacée
L’aconit napel (Aconitum napellus) Renonculacées
Autres plantes à alcaloides au jardin
La jusquiame
le datura
la colchique automnale

Les plantes à hétérosides

Les hétérosides sont de grosses molécules dont l’une des parties est un sucre (un ose est un sucre ; ex le glucose) ; le reste de la molécule est de nature chimique très variée, c’est elle qui confère sa toxicité à l’hétéroside.

Le ricin
La digitale pourpre (Digitalis purpurea) Plantaginacée
Les pépins et les noyaux des Rosacées : l’amande amère, l’amande de l’abricotier, du pêcher, du cerisier, des pépins de pomme et de poire… contiennent des hétérosides cyanogènes qui se décomposent en libérant de l’acide cyanhydrique (acide dont dérive le cyanure de potassium) et de l’aldéhyde benzoïque à odeur caractéristique d’amande amère. S’il est consommé en grande quantité il produit des troubles respiratoires et nerveux pouvant entraîner la mort.

Les plantes toxiques ignorées !

Les légumineuses très appréciées dans nos potagers : haricot, pois, fève…
Les graines mûres contiennent une toxine, la phasine, qui peut provoquer des troubles digestifs graves, ainsi que des substances qui attaquent les globules rouges du sang, produisant une anémie. La gesse (Lathyrus sativus-pois carré) contient une substance neurotoxique produisant une faiblesse générale et des paralysies (lathyrisme). Bien entendu, ces troubles ne surviennent que dans les alimentations comportant presque exclusivement ces végétaux et sur une très longue durée.

Les épinards, l’oseille, la betterave… contiennent des oxalates solubles (sels de l’acide oxalique) ; ils en contiennent peu et ne deviennent dangereux que si l’alimentation en comporte beaucoup ou chez les personnes souffrant d’une insuffisance rénale par ex. L’absorption d’oxalates solubles, entraîne la chute du calcium sanguin provoquant des troubles nerveux, la diminution de la vitesse de coagulation du sang et la précipitation de cristaux d’oxalate dans les reins rendant ces derniers incapables de fonctionner. Une plante riche en oxalates : la partie verte de la feuille de rhubarbe, la tige ou pétiole ne contient que de l’acide malique non toxique (heureusement pour les tartes !!)

La sauge
Homme, pourquoi meurs-tu lorsqu’en ton jardin, pousse la sauge… » (Ecole de Salerne, 11ème siècle) Cette parole en dit long sur la réputation de la sauge, Herbe sacrée, elle est stimulante, stomachique, antisudorale, astringente, antispasmodique, cholérétique et œstrogène… mais elle contient une huile essentielle neurotoxique, la thuyone surtout si la plante est associée à l’alcool (le même problème se pose pour l’absinthe). Il ne faut pas consommer les feuilles en excès et de préférence à l’état sec car la thuyone est volatile.

Les berces, l’angélique
Les berces (ici la berce géante du Caucase mais aussi le panais, l’angélique … appartenant tous à la famille des Apiacées (anc. les Ombellifères), contiennent des substances photosensibles, les furocoumarines. En contact avec la peau, ces substances pénètrent dans l’ADN des cellules de la peau, absorbent le rayonnement ultra-violet qui endommage ces cellules ; cela entraîne de sérieuses brûlures et une dermite connue chez les maraîchers sous le nom « maladie des manipulateurs de céleri » !! Il faut immédiatement laver abondamment à l’eau, la peau en contact avec la plante (surtout pour la berce géante) et ne pas s’exposer au soleil dans les 48 h.

Le cresson alénois que l’on aime consommer en graines germées, contient un hétéroside dont la partie non sucrée contient du soufre (comme toutes les Brassicacées). Activé par un ferment contenu dans d’autres cellules, cet hétéroside libère une essence sulfurée à odeur forte et à saveur piquante (la moutarde !)Ces 2 substances sont normalement mises en contact en écrasant les cellules (en mastiquant par ex). Si le ferment n’est pas mis en contact avec l’hétéroside, ce dernier donne un composé toxique ; c’est pourquoi il est conseillé de hacher le cresson et de le laisser reposer dans l’eau tiède avant de le consommer !!

Toutefois pas de panique… le risque est plus grand de prendre sa voiture que de consommer un plat de haricots même assaisonnés au cresson alénois !!!!